Je suis toujours surpris, lorsque je parle de Patrick MODIANO, de m'apercevoir que, finalement, peu de gens ont déjà lu un de ses romans.
Plus étonnant encore, j'ai rarement rencontré une personne me disant "ah, Modiano, j'adore !", ou "c'est mon écrivain préféré !", comme je l'entends parfois avec Amélie Nothomb, Didier Van Cauwelaert, ou encore Jean d'Ormesson.
Alors, je partage ma circonspection entre les deux attitudes que je connais le mieux dans ces circonstances : l'impression d'être un être supérieur, qui comprend ce que ces pauvres malheureux autour de moi sont incapables de saisir, et, surtout, l'impression d'être un idiot intégral qui se laisse émouvoir par une littérature trop absconse pour être honnête...
Mais bon, je reprend mon flambeau à deux mains (c'est une image, une expression), et je vous livre quelques extraits d'Un cirque passe, le dernier roman que j'ai relu et qui reste pour moi un des plus marquants.
Il m’expliquait qu’à Rome, justement, dans sa jeunesse, ils étaient assis ses amis et lui à la terrasse d’un café. Ils faisaient un concours à celui qui mettrait le plus de temps pour boire une orangeade. Souvent, ça durait tout un après-midi.
[...]J'ai préféré marcher plutôt que de rester immobile, à attendre dans le café, et j'ai emprunté une par une les rues avoisinantes et les escaliers à balustres et à réverbères. Plu tard, je suis revenu souvent dans ces parages et chaque fois les escaliers de la rue de l'Alboni me rappelaient le samedi où j'avais marché ici, en l'attendant. C'était en novembre , mais dans mon souvenir, à cause du soleil de ce jour là, une lumière estivale baigne le quartier.
[...]Ainsi, ces gens avaient leurs habitudes, et moi, maintenant, je faisais plus ou moins partie de leur groupe, sans très bien savoir pourquoi. J'étais ce voyageur qui monte dans un train en marche et se retrouve en compagnie de quatre inconnus. Et il se demande s'il ne s'est pas trompé de train. Mais qu'importe... Autour de lui, les autres commencent à lui parler.
On dirait que ce sont des souvenirs, mais il a écrit tellement de livre que ce n’est pas possible. Quoi que, Charles Baudelaire écrivait : "j’ai plus de souvenir que si j’avais mille ans".
Alors, si vous rencontrez quelqu'un qui adore les romans de Modiano, soyez gentil, faites moi signe...

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