Allez, je ne voulais pas écrire sur ces sujets, mais je me lance. De toutes façons, ces jours-ci (effet trêve des fiseurs ?), je dépasse difficilement les 10 visites quotidiennes, donc je peux prendre des risques avec mon lectorat.
Bref, ce que j'avais à dire, c'est qu'il faut (re-)lire Camus. Albert Camus, qui a si bien décrit l'absurdité de la condition humaine. Pour Camus, la seule réponse logique à cette absurdité serait le suicide. Mais Camus refuse cette possibilité, et lui préfère la Révolte, qui est une des seules positions philosophiques cohérentes.
Il est peu de dire que j'avais été marqué par l"Homme Révolté". On peut y lire notamment la célèbre phrase : " La fin justifie les moyens ? Cela est
possible. Mais qui justifie la fin ? À cette question, que la pensée
historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens. ".
De l'absurdité, nous en avons eu à satiété avec cette collision de deux actualités. L'assassinat de Mme Bhutto au Pakistan, et la confirmation, sous conditions, du titre de Miss France.
Pour Miss France, nommée "dans le civil" Valérie Bègue, je rappelle que Mme De Fontenay, présidente du comité Miss France (sic), avait appelé à sa démission, au motif de la publication de photos prétendument choquantes. Apprenant la présence de la Miss à la Réunion, la présidente avait lancé le très classieux "Elle n'a qu'à rester là-bas". Cette courageuse jeune femme (Miss France, pas Madame De Fontenay), a alors refusé ce trop sinistre destin. Et la mobilisation sans faille de ses soutiens a permis in fine, de sauver sa couronne. Les organisateurs ont confirmé qu'elle resterait Miss France, sous condition de ne participer à aucune élection internationale, ce que permettait pourtant son status.
Parmi les soutiens de la Miss, on compte Mgr Gilbert Aubry, qui n'est pas moins que l'évêque de La Réunion. Ce monsieur n'a pu s'empêcher de voir dans une photo de la jeune femme dans une piscine, en position christique, une « insulte à la foi des Chrétiens ». Fichtre. Mais, cependant, il la défend car il voit en elle « une victime qui a besoin de soutien ».
Pour Mme Bhutto, j'ai été ébranlé, comme beaucoup de démocrates, par cette nouvelle. Ce qui me laisse toujours abattu, c'est cet usage de l'attentat-suicide. Comment ne pas être abattu par un geste qui nous dépasse ? Nous sommes habitués, dans nos sociétés, à condamner les criminels. Ceux qui, basiquement, nous envoient le message que la vie de leur victime vaut moins que la leur. Ce paradigme différent du tueur qui se sacrifie nous renvoie à l'abîme que représente la négation de sa vie, dans un geste volontaire et destiné à donner un sens à quelque chose qui n'est plus, et dépasse les concepts auxquels nous sommes accoutumés.
Mme Bhutto, peu de temps après une première tentative d'attentat suicide contre sa personne (plus de 130 morts), écrivait dans une tribune ces quelques mots simples et touchants (même pour qui se méfie des tribuns) :
Je n’ai pas vécu jusqu’à mon âge pour me laisser intimider par des kamikazes. Une bataille fait rage au Pakistan, une bataille pour les cœurs et les esprits d’une nouvelle génération, une bataille pour l’avenir du Pakistan en tant que nation démocratique. La nouvelle génération choisira la modération ou l’extrémisme, elle choisira l’éducation ou l’illettrisme, elle choisira la dictature ou la démocratie, la tolérance ou la bigoterie. Elle choisira aussi entre la paix et la guerre. Je suis revenue au Pakistan la semaine dernière afin de mener ce combat pour la démocratie. Avec le sang de mes partisans répandu dans la rue et sur nos vêtements, je réaffirme notre engagement au service de ces valeurs. [...]
Les foules qui se sont rassemblées à l’aéroport de Karachi étaient venues de partout, en dépit des menaces, malgré les risques encourus. Elles sont le vrai visage du pays, le centre modéré. L’avenir du Pakistan devrait être décidé par des élections libres et honnêtes à la fin de cette année. Les extrémistes useront de tous les moyens sanglants à leur disposition pour frapper et empêcher la cause de la démocratie. Ils recourent à la violence pour restreindre la liberté d’association et la liberté d’expression. Ils veulent faire dérailler la transition vers la démocratie.
L’attaque dirigée contre moi était plus qu’une attaque contre un individu. Il s’agissait d’une attaque contre toutes les forces politiques pakistanaises qui veulent la démocratie. C’était une attaque contre le Pakistan lui-même. Une attaque contre les droits politiques et humains de tout citoyen et contre le processus politique. L’objectif était d’intimider et de faire chanter tous les partis politiques de notre société. Les extrémistes prospèrent sous la dictature. Ils savent que la modération et la démocratie signeront leur fin. Ils ne reculeront devant rien pour les détruire toutes les deux.
Les assassins qui ont tué 140 personnes à Karachi ont trahi l’essence du message de l’islam. La loi islamique est absolument claire sur un point : s’attaquer, sans avoir été provoqué, à des civils désarmés, à des innocents, et détruire la propriété d’autrui est prohibé. Leur action relève de la Hiraba, elle constitue une guerre contre la société. On peut détourner des avions, mais personne ne détournera le message de l’islam. [...]
Contre l'absurdité de la vie, je l'ai dit, il n'y a que la Révolte.















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