Depuis qu'a éclatée "l'affaire" Julien Dray, pas 3 jours sans un article dans la presse. Julien Dray lui-même n'hésite pas à laisser transparaitre sa position quant à l'affaire : il n'a rien a se reprocher (je le cite «Cette affaire n'aurait jamais dû être confiée à la justice, car ce n'est en rien une affaire pénale. C'est au mieux un dossier fiscal»).
Très rapidement, la contre-attaque s'est même formulée, sous forme d'une plainte pour violation du secret professionnel. Mais, manque de chance pour Julien Dray, le rapport intégral de Tracfin, l'organisme à l'origine de ses ennuis, s'est tout de même retrouvé propulsé sur le Net par l'Est Républicain.
Avant de parler du fond de l'histoire, il est clair que tout démocrate peut se sentir mal à l'aise de voir ce genre de documents, censés rester secrets, être divulgués. D'autant plus que Tracfin est sous l'autorité du ministère de l'économie, et l'hypothèse d'une fuite orchestrée par le gouvernement actuel n'est donc point à exclure !
Maintenant, sur le fond, la lecture (en diagonale) de ce rapport m'a oté toute espèce de sympathie ou de compassion pour M. Dray, alors même soit dit en passant qu'il est un homme politique que je respectais, voire que j'admirais (je fais partie moi aussi de ces gens qui ont u respect certain pour SOS racisme, entre autres). Certes, rien ne permet de dire dans ce rapport que des faits illégaux ont été commis par M. Dray, même si les suspicions peuvent être fortes. La justice, espérons-le, tranchera sur ce point.
Par contre, peut-on, que l'on soit citoyen ou militant politique, tolérer la claque magistrale que M. Dray assène à l'idée même que les citoyens peuvent se faire de la politique en général ? Comment peuvent se justifier des transferts d'argent entre un syndicat, une association, et un homme politique tel que Julien Dray, député de la République ? Ce dernier dit qu'il justifiera "jusqu'au dernier centime" (le JDD, aujourd'hui). Manière de sous-entendre qu'il ne s'est pas enrichi personnellement, ou n'en a pas tiré profit. Les chèques ? "des prêts" (sic). Par contre, pas d'explication sur les 23.000 € reçus par des entrepreneurs de l'Essonne, département dont il est, entre autres, député.
Si les choses sont si simples, pourquoi ne pas donner tout de suite les éléments nécessaires à la levée de tous soupçons ? Est-il anormal de demandé des comptes à un représentant du peuple ?
Il est vrai que si ce rapport confidentiel n'avait pas été divulgué, il n'y aurait peut-être pas eu d'affaire. Mais peut-on se battre pour la liberté de la presse et reprocher à des journaliste de publier ce types d'informations ?
Je ne reviendrais pas non plus sur ses revenus, qui ne regardent que lui, mais qui mettent en perspective son discours théatralisé de défenseur du peuple et des opprimés légitimé par son statut d'élu . A une époque où les hommes politiques n'hésitent pas à se donner en spectacle, il est bizarre de constater comme ils aimeraient que certaines choses restent secrètes.
La faute de M. Dray, elle est pour moi a minima morale, en attendant de savoir si elle est juridique (il est évident que sa présomption d'innocence doit être respectée). Et elle est un sale coup porté à la politique, qui pour beaucoup et pas toujours à tort, est de plus en plus méprisable.
assez d'accord sur tout sauf sur
"Je ne reviendrais pas non plus sur ses revenus, qui ne regardent que lui, mais qui mettent en perspective son discours théatralisé de défenseur du peuple et des opprimés légitimé par son statut d'élu . A une époque où les hommes politiques n'hésitent pas à se donner en spectacle, il est bizarre de constater comme ils aimeraient que certaines choses restent secrètes."
ca voudrait dire que si t'es de gauche t'es obligé d'être pauvre?c'est n'importe quoi.Le mec a pas fait veut de pauvreté et défendre un partage plus équitable des richesses quand on a des sous, c'est d'autant plus admirable.
Rédigé par: romain blachier | 20 janvier 2009 à 10:44
pardon faut "vœu de pauvreté" bien sur
Rédigé par: romain blachier | 20 janvier 2009 à 10:48
Salut Romain,
Je me disais, si sur ce billet, je n'ai pas de commentaire de Romain, c'est qu'il y a un problème ;-)
Malheureusement, j'ai peur que tu n'aies lu ce passage un peu vite. Ces revenus, comme je l'écris, ne regardent que lui. Je trouve juste amusant que quelqu'un qui a toujours voulu donner l'image d'un mec simple et élu de banlieue, voie aujourd'hui sa com' mise à mal par la révélation de son train de vie et de ses goûts de luxe. Une phrase de Julien Dray prononcée il y a quelques années tourne beaucoup sur les forums : "Je suis la gauche, la vraie. Je suis populaire, au sens où je vis avec le peuple, celui qui gagne 8 000 francs par mois, qui galère dans les transports en commun et qui vit dans des quartiers difficiles".
Ou encore, plus récemment (Avril 2008), cette critique de Nicolas Sarkozy à l'issue d'une prestation télévisée de ce dernier : L'émission était faite pour effacer l'image "bling-bling".
Donc, je n'ai pas dit et je ne dirais jamais qu'il faut être pauvre pour être de gauche. Par contre, je constate que certains dirigeants politiques jouent de cette corde ("je vis avec le peuple") pour caresser leur "cible électorale" dans le sens du poil, mais sont en réalité dans la frange (très) haute des revenus (cf. aussi François Hollande déclarant qu'il "n'aim[ait] pas les riches" (sic) ).
Autrement dit, si l'on considère - et c'est mon cas - qu'il n'y a pas d'incohérence entre volonté de justice sociale et niveau des revenus personnels, pas besoin de ressortir les vieilles antiennes de la lutte des classes pour convaincre ses électeurs...
Pour la route, et bien que l'intervention date de 20 ans (merci les archives du Monde), voilà ce que Julien Dray écrivait en 1989 : "Combien de PDG à 100 000 francs et plus par mois, ayant trois enfants, sont capables de dire ce qu'ils reçoivent annuellement des allocations familiales ? De quoi s'offir leur consommation mensuelle de cognac ou de cigares de chez Davidoff peut-être ?". 100 000 francs, ça fait environ 15000 €, c'est ça ?
Rédigé par: ElDesdichado | 20 janvier 2009 à 13:14
A ce moment là, si tu ressort des décalarations d'une époque où j'avais 12 ans et où l'URSS existait encore on en fini pas et je pourrais t'opposer au Bayrou qui parle de défendre la laicité face à Sarkozy, le Bayrou d'il y a moins longtemps que ta citation qui faisait défiler les profs du public contre sa tentative de révision de la loi Falloux....
En plus relis la phrase que tu cites:Dray ne critique absolument pas le fait que le pdg gagne de l'argent...mais que celui-ci n'a absolument pas besoin des allocations familiales!
Rédigé par: romain blachier | 22 janvier 2009 à 10:40
romain,
il n'empêche que, sur le fond, comme l'a répondu ElDesdichado, quelqu'un qui gagne beaucoup d'argent et qui joue sur la corde "proximité avec le peuple" c'est doublement critiquable. D'abord parce que c'est un mensonge (ce qu'on peut trouver déplorable venant d'un homme politique, même s'il semblerait que ça soit la norme), et ensuite parce que ça trahit la piètre opinion qu'a l'homme de la politique, ou de sa cible électorale, ou des deux.
Pour l'interprétation de la phrase, vous êtes quand même assez bienveillant. Il ne dit pas "[le riche] n'a pas besoin des allocs", il dit "à quoi servent les allocs, à payer Cognac et cigares ?". C'est quand même assez polémique...
Mais pour finir sur une phrase de Coluche (je prends le relais de Farès qui semble accaparé par des tâches hautement plus importantes que le blogging) : "à les entendre, les riches c'est les méchants et les pauvres c'est les gentils... et puis tout le monde veut devenir méchant, quoi..."
Rédigé par: Gus | 24 janvier 2009 à 02:48