Et hop, une petite revue de presse et de blogosphère en ce dimanche. A tout seigneur tout honneur, quelques extraits d'une longue interview de l'historien Gérard Noiriel dans XXI. Cet historien, qui a créé le CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages public de l'Histoire), et qui enseigne à l'EHESS, semble avoir une méfiance absolue envers ceux qui utilisent l'histoire à des fins purement politiques. Il rappelle par exemple une chose simple mais utile par les temps qui courent :
Il faut donc toujours commencer par bien faire la distinction entre histoire et mémoire. Les discours mémoriels visent en général à célébrer une communauté, à dénoncer des ennemis. A sauver de l'oubli, aussi : c'est ce qu'on appelle le "devoir de mémoire". Le discours mémoriel est donc partie prenante du discours politique ou du discours public. C'est un jugement porté sur le passé. A l'inverse, l'histoire - "l'histoire science" comme je l'appelle - n'a pas vocation à réhabiliter ou a dénoncer, mais à comprendre et expliquer le passé. Ce second discours, forcément spécialisé, intéresse peu, en général, les citoyens.
Certes, il serait simpliste de résumer à cela son propos, mais cette phrase est assez emblématique de l'entrevue. Je ne peux que vous encourager une fois de plus à acheter XXI pour lire cet entretien et le reste, alors je vais me contenter de citer un autre passage, qui m'a fait réflechir :
"On est dans le fantasme d'une nation en péril. [...] Selon cette conception [communautariste], la France aurait eu, autrefois, une mémoire homogène, intégratrice. Aujourd'hui, elle serait clivée. Mais comment peuvent-ils dire cela ? A quelle époque font-il référence ?. [...] Comme historien, je ne peux pas prendre pour argent comptant ce mythe de l'unité nationale. Il faut relire Maurice Barrès pour pour voir à quel point les discours sur la défense de l'identité nationale menacée par les étrangers ne sont pas nouveaux. Sur fond d'antisémitisme, il s'en prenait clairement aux étrangers, au nom d'une identité nationale fondée sur des racines très ancienne, comme la religion catholique."
Dans le genre très drôle sur un fond moins comique, l'excellente chronique de François Reynaert dans le nouvel observateur du 15 janvier, chronique que vous pouvez aussi retrouver en intégralité sur le Net. Cette chronique, consacrée à la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, est illustrée par une photo de poste de télévision, ainsi légendée : "Sans pub mais soumise". Ce qui m'a déjà fait rire. Mais tout est bon, en fait, comme ce passage où il pointe à juste titre : "qui a envie, sinon pour le plaisir de faire une bannière intitulée
«Touche pas à mon spot», de manifester pour défendre la pub à la télé ?"
Allez, 2 passages amusants :
«Au moins, ça met fin à l'hypocrisie de sa nomination», a dit la droite. Quel argument merveilleux ! Il faudrait l'étendre à bien d'autres secteurs. C'est vrai, tout le monde sait bien que M. Sarkozy tient le Parlement à sa main, qu'il rêve de mettre la justice à sa botte. Donc soyons honnêtes, supprimons cette stupide indépendance de la magistrature, finissons-en avec cette prétendue souveraineté de l'Assemblée nationale et, au nom de la lutte contre l'hypocrisie, ça va être très sympa, dans deux ans on aura l'impression délicieuse d'habiter dans la Tunisie de M. Ben Ali.
A la télé,
M. Sarkozy ne règne pas uniformément partout. Via ses amis industriels, il a donc tout pouvoir sur la Une, la Six, la Huit. Grâce à sa réforme, il tient désormais la Deux la Trois la Quatre et la Cinq. Il reste donc de vrais espaces de liberté. En gros, soit Equidia - parce que là, ce n'est pas géré par l'UMP, c'est géré par le PMU -, soit la moitié d'Arte qui appartient aux Allemands : «Dis-moi, chéri, pourquoi tu regardes en boucle cette «Thema» sur l'avenir du développement durable dans les couloirs postindustriels de la Rhénanie- Palatinat, t'aimes bien ? - Non, je résiste.»
Une fois n'est pas coutume, un petit dessin du Canard Enchaîné de cette semaine. Sans commentaires, je crois qu'il résume bien les affres de la médiatisation.
Si vous aimez par contre le réactionnaire teinté de café-comptoir, je vous recommande le blog de M. Yves Thréard, du Figaro... (Ici). Pas vraiment dans les propos de l'auteur, mais surtout dans les commentaires que l'on peut y lire.Sans que, apparemment, les modérateurs ne trouvent à y redire. Je ne suis pas pour la censure, mais il me semble qu'un blog est un espace personnel, sur lequel on ne peut pas tout laisser dire, en tout cas pas sans y répondre. J'avais déjà noté sur ce blog les classiques appels au meurtre contre un assassin d'enfant, qui, s'il sont récurrents, me paraissent objectivement assez choquants.
Là, c'est une note sur M. Karoutchi et son homosexualité qui déchaine les passions (soit M. Thréard s'en doutait, et c'est un provocateur, soit il ne s'en doutait pas, et c'est un idiot). On peut donc lire sur ce blog des propos aussi anodins et bon enfant que :
"Que cette chose soie envoiée en hôpital." (sic)
"Être pédale et politicien me semble incongru,la vie de la cité est parallèle au développement démographique. [...] Il est grand temps de limiter l'influence de cette "nouvelle juiverie",je le dis pour les prévenir du retour de balancier qui ne manquerait pas de survenir comme d'autres l'ont connu à leurs dépens." (sic encore, d'un autre)
"le gay et lesbian power est d actualite... n est ce pas un signe de la
degenerescence de la race humaine? Ils en sont fiers et alors? ils devraient etre tatoues et castre au lieu de s afficher comme si leur maladie etait un titre de gloire." (toujours sic, d'un autre encore)
J'en passe et des pires. Ces propos, passibles en France du tribunal, ne semble pas émouvoir nos "amis" du Figaro. Je l'ai signalé en commentaires, ce qui m'a valu un "eldesdichado petit connard de la halde!" d'un commentateur inspiré.
Les intégristes l'emportent à Rome. Non, ce n'est pas un compte-rendu d'un match du calcio, je n'ai pas écrits "les Intéristes" (joueurs de l'Inter Milan, NdA). Non, malheureusement,il s'agit bien de la décision par Benoît XVI d'annuler l'excommunication de 4 évêques, tous ordonnés par Mgr Lefebvre (décédé depuis) sans l'accord du pape, en 1988. Jeudi encore, l'un de ces 4 évêques déclarait encore : "Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que
200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais
pas un seul dans les chambres à gaz". Quand au porte-parole du Vatican, il y voit lui "un pas très important vers la reconstitution de la pleine communion de l'Eglise".
Pour finir par une note plus positive, une référence au blog de Maître Eolas, qui
fait référence aujourd'hui dans le microcosme des blogs ayant trait à la justice. Son auteur respecte plutôt bien le principe du blog, à savoir auto-célébration et mauvaise foi, mais cela est combiné avec une qualité d'analyse et d'écriture qui rend bien souvent ce blog incontournable et agréable à la fois. Il a publié il y a deux jours une note sur la présomption d'innocence, titré justement Pour en finir avec la présomption d'innocence. Il y expose son opinion quant à la confusion qui existe aujourd'hui autour de ce terme. Sa thèse, résumée en une phrase : "JAMAIS la présomption d'innocence, qui est une présomption SIMPLE, c'est à dire que la preuve contraire peut être rapportée, n'a interdit de dire ou de laisser entendre que telle personne était coupable." Je suis assez d'accord avec cela, car, sinon, adieu le journalisme d'investigation, adieu le contrôle des citoyens sur le politique, etc... Comme l'écrivait en substance Badinter, nous vivons de plus en plus dans une époque de parties-civiles, et de moins en moins de citoyens. Espérons que les derniers remparts à cette tragédie ne soient pas rompus par ceux qui savent qu'ils ont beaucoup moins de risques que les citoyens moyens de se voir condamner en justice.
Post-Scriptum : le dernier Philosophie Magazine, le 26, est sorti. Je ne l'ai pas encore lu, mais le titre est "Comment peut-on être anti-capitaliste". Je me suis dit que le sujet intéresserait certains lecteurs de ce blog...
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